13.6.11
10.6.11
Langage corsé
Quand votre projet a-t-il été contrarié?
Au début tout se passe très bien, les équipes sont heureuses du nouveau projet. Sauf Mark Alizart, l'ancien directeur adjoint, qui s'occupait surtout du mécénat. Il refusait l'idée qu'on puisse regarder sérieusement, en y consacrant du temps, ce que nécessite l'art. Il semblait estimer qu'à partir de quarante ou de cinquante ans, bien des créateurs sont destinés à la poubelle. Quand il a rejoint le cabinet de Frédéric Mitterrand au ministère de la culture, tout a commencé à se gâter: une pléiade de coups tordus, dont je vous passe les détails.
Que vous reprochait-on ?
C'est difficile à savoir, dans la mesure où Mark Alizart est un adepte du double langage: il n'a jamais cessé d'être élogieux à mon égard quand il était face à moi. Voilà des gens qui vivent au sein du quadrige que j'ai évoqué, qui profitent de ce système confortable et qui entendent faire du Palais de Tokyo une succursale du marché international de l'art contemporain régenté par l'argent spéculatif. L' «art international» que défendent Mark Alizart et Marc-Olivier Wahler s'apparente à un art d'aérogare, transparent, avec les mêmes codes. L'inverse du cosmopolitisme que je défends. Ce sont des gens qui n'ont pas de création et qui veulent exister avec la création des autres, qui vont usurper une sorte de symbolique de la création, s'arroger ses honneurs et son potentiel sémiologique.
C'est devenu une habitude: les lieux d'exposition ne sont plus là pour proposer des œuvres à la connaissance du plus grand nombre, mais pour rassembler une sorte de classe intermédiaire, qui se reproduit, telle une illustration parfaite des travaux de Pierre Bourdieu...
Des prédateurs – et non plus des passeurs – arrachent le pouvoir symbolique aux artistes, qu'ils utilisent, comme de simples mots dans leurs phrases. Un tel arrivisme établit facilement le contact avec le monde de l'argent, en un drainage assez confus...
Qu'entendez-vous par «de simples mots dans leurs phrases»?
Je me souviens d'un curateur, assez lié à tout cela, qui me dit en regardant une œuvre: non, on ne pourra pas en faire une exposition personnelle, mais ça fera un mot dans la phrase. Je m'oppose totalement à une telle vision, qui signe la perte de pouvoir de l'artiste. Je suis contre la prise du pouvoir par les intermédiaires. Il faut remettre la démarche de l'artiste au centre.
Comment quelqu'un d'aussi aguerri que vous aux arcanes de la politique culturelle, a-t-il pu prêter le flanc aux sarko-boys?
J'espère être un poète ouvert à l'expérience de la surprise, mais je suis aussi un joueur d'échecs. Dans une partie d'échecs, après avoir tenté une série de coups, vous vous rendez compte que les derniers possibles se limitent de plus en plus. Alors il faut sacrifier une pièce, pour amener l'autre dans votre jeu et sauvegarder une chance de l'emporter. Cette pièce, c'était moi. Même s'il me fallait partir, je voulais que le projet l'emporte et se maintienne. En m'éclipsant, après la redéfinition à néant de mon rôle, j'ai rendu possible cette mobilisation autour du projet mis en œuvre.
J'ai donc décidé de faire savoir que si j'étais resté là, c'eût été au prix de la réussite de tous ces gens avec leurs vieilles idées mercantiles des années 1990, avec leur «branchitude» creuse et artificielle.
Que s'est-il passé ensuite?
J'ai reçu un appel d'Alain Fleischer, choqué au point d'écrire une lettre à qui de droit, c'est-à-dire, dans son esprit, au président de la République. Et cette protestation est devenue point de convergences: des théoriciens comme des artistes, des professeurs comme des critiques, des jeunes et des moins jeunes, qui n'avaient rien à voir les uns avec les autres; tout le contraire d'une caste... Et le nombre de signataires de cette pétition de soutien à mon endroit ne cesse de croître.
Avez-vous rencontré Frédéric Mitterrand et que vous a-t-il dit?
Je l'ai rencontré et il n'avait rien à dire. Il était emmuré dans un étrange mutisme. Il approuvait tout ce que je lui disais, mais ne donnait aucune suite.
7.6.11
6.6.11
impasse du Maroc, Paris 19e arr.
Nous trois, Jean Echenoz, 1992
22.10.10
L'inventaire
Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs
un raton laveur
une douzaine d'huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d'honneur
un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu'on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l'américaine un jardin à la française
deux pommes à l'anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d'acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d'inattention
et ...
cinq ou six ratons laveurs
un petit garçon qui entre à l'école en pleurant
un petit garçon qui sort de l'école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d'instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d'Austerlitz
un siphon d'eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d'entr'acte
et ...
plusieurs ratons laveurs.
Jacques Prévert
le poème et la chanson : http://www.deezer.com/listen-266804
et Rehab (Scenarios) de Robert Rauschenberg 2005 (vu à Frieze) (pourquoi pas)
11.10.10
à la laverie
L'hypnose du sèche-linge :
d'une rêverie sur le mythe de Narcisse (Sophie-Isabelle Dufour) dans la chaleur des séchoirs, à une dérive sur le drapé.
De la ligne serpentine – "l'image-serpent" d'Aby Warburg :
à ça :
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| Sainte Thérèse en extase Le Bernin 1652 |
puis ça :
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| Tondo doni Michel Ange 1503 |
et d'autres choses plus récentes :
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| Untitled Rupert Norfolk 2006 |
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| Behind every surface there is a mystery: a hand that might emerge... version 2 Charlotte Moth 2010 |
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| Différences et répétitions Orlan 2010 |
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| Bestégui Isa Melsheimer 2010 |
et à la lettre reçue par Deleuze des surfeurs se réclamant du Pli, Leibniz et le baroque... (cf Abécédaire)
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| Move it piano Antoine Dorotte 2009 |
9.10.10
Bestiaire
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| A cat in the jungle, Gabriel Orozco, 1992 |
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Pit Bull, Tema Stauffer, 1997 (via nofound) |
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| from here to ear, Céleste Boursier-Mougenot, 2009 |
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| Streamside day, Pierre Huyghe, 2003 |
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| Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures), Apitchapong Weerasethakul, 2010 |
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| El Espiritu de la Colmena, Victor Erice, 1973 |
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| Céline et Julie vont en bateau, Jacques Rivette, 1974 |
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| Au hasard Balthazar, Robert Bresson, 1966 |
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| Zerkalo, Andreï Tarkovski, 1974 |
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| Badlands, Terrence Malick, 1973 |
29.9.10
EQUATION DU JOUR :
Trois contes présentent Second Life comme le rêve éveillé d'utopies contemporaines
×
Homo Sapiens, une nouvelle histoire de l'homme
étrange ce principe de "logique interne" (à bas les films de Malaterre!) : notre prochaine évolution est en sommeil
÷
Oncle Boonme d'Apitchapong Weerasethakul
Le buffle sacré, le poisson chat vibromasseur, le miel au goût de tamarin : un rêve ; apparitions de fantômes, murmures dans la jungle, initiation à la mort.
Le cinéma du demi-sommeil.
plus que quelques jours avant le réveil de ce blog dormant...
5.2.10
24.1.10
Jan Lenica et Walerian Borowczyk
9.4.09
2.3.09
Un homme qui dort de Bernard Queysanne
Qui n'a pas rêvé de faire ce qu'il fait ou fait ce qu'il fait par bribes, éprouver ces longues périodes d'immobilité (pendant les études).
La scène finale :
Un double panoramique du haut de la rue piat (parc de belleville) en 1974, il y avait à la place les taudis et le terrain vague. La boulangerie était déjà là, les tours de la rue des couronnes aussi et on distingue au loin l'église de la rue ménilmontant et l'immeuble du floréal.
13.12.08
Moog seal sounds (la musique des phoques de Weddell)
Grâce à lui, j'ai rencontré les phoques de Weddell, une race vivant seulement en Antarctique. Regardez-moi cette splendeur.
Les animaux de la banquise m'ont toujours fasciné et particulièrement leurs cris : il y a quelques années, le cri de l'éléphant de mer m'avait coupé en deux, un bruit répugnant et électrisant, à la fois emprunt de brutalité comme le cri d'un monstre des cavernes et proche du gémissement humain.
Les phoques en général font des sons plutôt idiots à l'air libre. Par contre, le phoque de Weddell quand il est sous l'eau, émet les sons les plus extraordinaires, dignes d'un moog...
Voici les phoques dans le film d'Herzog :
Quelques sons de phoques trouvés sur le web avec quelques morceaux d'ambient pour une petite expérimentation musicale...




























