12.7.11

Régression caïrote

Un jour au Caire,
un dromadaire
entra chez un libraire
et prit une grammaire.
C'est pas vrai, ça fait rien,
ça sera vrai demain
Ce dromadaire
savait tout faire,
multiplier, soustraire,
et même le contraire.
C'est pas vrai, ça fait
rien,
ça sera vrai demain.
Il savait braire,
ou bien se taire,
et versait un salaire
à son vétérinaire.
C'est pas vrai, ça fait
rien,
ça sera vrai demain.
Pour se distraire,
Monsieur le Maire
en fit son secrétaire
dans toutes ses affaires.
C'est pas vrai, ça fait
rien,
ça sera vrai demain.
Ce dromadaire
est légéndaire
chez tous les antiquaires
de la ville du Caire
C'est pas vrai, ça fait rien
ça sera vrai demain
ou à la Saint Glin-Glin

Le dromadaire
Paul Savatier
(Cours élémentaire)

4.7.11

Jeff Wall, Fassbinder et Cézanne

"... Dans la première salle, The Destroyed Room (1978) (...) en face est diffusée la vidéo de Rainer Werner Fassbinder, Les larmes amères de Petra von Kant (...). (Jeff Wall) aurait confié que son cinéma lui procurait une émotion égale à celle d'une peinture de Cézanne".
Jeff Wall, The Crooked Path à Bozar, Bruxelles (JdA, 24 juin/7 juillet)


16.6.11

L'esprit de la ruche

"L'esprit de la ruche', où est-il, en qui s'incarne-t-il? Il n'est pas semblable à l'instinct particulier de l'oiseau, qui sait bâtir son nid avec adresse et chercher d'autres cieux quand le jour de l'émigration reparaît. il n'est pas davantage une sorte d'habitude machinale de l'espèce, qui ne demande aveuglément qu'à vivre et se heurte à tous les angles du hasard sitôt qu'une circonstance imprévue dérange la série des phénomènes accoutumés. Au contraire, il suit pas à pas les circonstances toutes-puissantes, comme un esclave intelligent et preste, qui sait tirer parti des ordres les plus dangereux de son maître."


Maurice Maeterlinck, La vie des abeilles, 1901

13.6.11

Un doigt dans le...

Francesco Clemente. Two Painters, 1980.
Tempera on handmade paper, joined by cotton strips. Collection Hermes Trust.

10.6.11

Langage corsé

Interview d'Olivier Kaeppelin dans Mediapart, Extraits :


Quand votre projet a-t-il été contrarié?
Au début tout se passe très bien, les équipes sont heureuses du nouveau projet. Sauf Mark Alizart, l'ancien directeur adjoint, qui s'occupait surtout du mécénat. Il refusait l'idée qu'on puisse regarder sérieusement, en y consacrant du temps, ce que nécessite l'art. Il semblait estimer qu'à partir de quarante ou de cinquante ans, bien des créateurs sont destinés à la poubelle. Quand il a rejoint le cabinet de Frédéric Mitterrand au ministère de la culture, tout a commencé à se gâter: une pléiade de coups tordus, dont je vous passe les détails.

Que vous reprochait-on ?
C'est difficile à savoir, dans la mesure où Mark Alizart est un adepte du double langage: il n'a jamais cessé d'être élogieux à mon égard quand il était face à moi. Voilà des gens qui vivent au sein du quadrige que j'ai évoqué, qui profitent de ce système confortable et qui entendent faire du Palais de Tokyo une succursale du marché international de l'art contemporain régenté par l'argent spéculatif. L' «art international» que défendent Mark Alizart et Marc-Olivier Wahler s'apparente à un art d'aérogare, transparent, avec les mêmes codes. L'inverse du cosmopolitisme que je défends. Ce sont des gens qui n'ont pas de création et qui veulent exister avec la création des autres, qui vont usurper une sorte de symbolique de la création, s'arroger ses honneurs et son potentiel sémiologique.
C'est devenu une habitude: les lieux d'exposition ne sont plus là pour proposer des œuvres à la connaissance du plus grand nombre, mais pour rassembler une sorte de classe intermédiaire, qui se reproduit, telle une illustration parfaite des travaux de Pierre Bourdieu...
Des prédateurs ­– et non plus des passeurs – arrachent le pouvoir symbolique aux artistes, qu'ils utilisent, comme de simples mots dans leurs phrases. Un tel arrivisme établit facilement le contact avec le monde de l'argent, en un drainage assez confus...

Qu'entendez-vous par «de simples mots dans leurs phrases»?
Je me souviens d'un curateur, assez lié à tout cela, qui me dit en regardant une œuvre: non, on ne pourra pas en faire une exposition personnelle, mais ça fera un mot dans la phrase. Je m'oppose totalement à une telle vision, qui signe la perte de pouvoir de l'artiste. Je suis contre la prise du pouvoir par les intermédiaires. Il faut remettre la démarche de l'artiste au centre.

Comment quelqu'un d'aussi aguerri que vous aux arcanes de la politique culturelle, a-t-il pu prêter le flanc aux sarko-boys?
J'espère être un poète ouvert à l'expérience de la surprise, mais je suis aussi un joueur d'échecs. Dans une partie d'échecs, après avoir tenté une série de coups, vous vous rendez compte que les derniers possibles se limitent de plus en plus. Alors il faut sacrifier une pièce, pour amener l'autre dans votre jeu et sauvegarder une chance de l'emporter. Cette pièce, c'était moi. Même s'il me fallait partir, je voulais que le projet l'emporte et se maintienne. En m'éclipsant, après la redéfinition à néant de mon rôle, j'ai rendu possible cette mobilisation autour du projet mis en œuvre.
J'ai donc décidé de faire savoir que si j'étais resté là, c'eût été au prix de la réussite de tous ces gens avec leurs vieilles idées mercantiles des années 1990, avec leur «branchitude» creuse et artificielle.

Que s'est-il passé ensuite?
J'ai reçu un appel d'Alain Fleischer, choqué au point d'écrire une lettre à qui de droit, c'est-à-dire, dans son esprit, au président de la République. Et cette protestation est devenue point de convergences: des théoriciens comme des artistes, des professeurs comme des critiques, des jeunes et des moins jeunes, qui n'avaient rien à voir les uns avec les autres; tout le contraire d'une caste... Et le nombre de signataires de cette pétition de soutien à mon endroit ne cesse de croître.

Avez-vous rencontré Frédéric Mitterrand et que vous a-t-il dit?
Je l'ai rencontré et il n'avait rien à dire. Il était emmuré dans un étrange mutisme. Il approuvait tout ce que je lui disais, mais ne donnait aucune suite.

7.6.11

Parcours dans la villa









Dream Villa (2009) // Dayanita Singh 

6.6.11

impasse du Maroc, Paris 19e arr.

"Le simoun, vent très chaud, se lève par bourrasques au sud du Maroc saharien. Il y produit des tourbillons compacts, brûlants, coupants, assourdissants, qui masquent le soleil et gercent le Bédouin. Le simoun reconstruit le désert, exproprie les dunes, rhabille les oasis, le sable éparpillé va s'introduire profondément partout jusque sous l'ongle du Bédouin, dans le turban du Touareg et l'anus de son dromadaire".

Nous trois, Jean Echenoz, 1992

California dreaming II

Henry Wessel, Waikiki no. 1, 1979

Henry Wessel, Waikiki No. 11, 1978

Henry Wessel, Bolinas, California, 1973

California dreaming I

Larry Sultan, Paris on my Parents' Bed, 2008
 

22.10.10

L'inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d'huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d'honneur

un autre raton laveur

un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu'on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l'américaine un jardin à la française
deux pommes à l'anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d'acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d'inattention
et ...

cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l'école en pleurant
un petit garçon qui sort de l'école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d'instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d'Austerlitz
un siphon d'eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d'entr'acte

et ...

plusieurs ratons laveurs.

Jacques Prévert


le poème et la chanson : http://www.deezer.com/listen-266804

et Rehab (Scenarios) de Robert Rauschenberg 2005 (vu à Frieze) (pourquoi pas)

11.10.10

à la laverie


L'hypnose du sèche-linge :
d'une rêverie sur le mythe de Narcisse (Sophie-Isabelle Dufour) dans la chaleur des séchoirs, à une dérive sur le drapé.

De la ligne serpentine – "l'image-serpent" d'Aby Warburg :


à ça :
Sainte Thérèse en extase Le Bernin 1652


puis ça :
Tondo doni Michel Ange 1503


et d'autres choses plus récentes :

 Untitled Rupert Norfolk 2006


Behind every surface there is a mystery: a hand that might emerge... version 2 Charlotte Moth 2010

 

Différences et répétitions Orlan 2010


et un peu tiré par les cheveux (mais tellement beau!)

Bestégui Isa Melsheimer 2010


et à la lettre reçue par Deleuze des surfeurs se réclamant du Pli, Leibniz et le baroque... (cf Abécédaire)

Move it piano Antoine Dorotte 2009


9.10.10

Bestiaire

A cat in the jungle Gabriel Orozco, 1992

Pit Bull, Tema Stauffer, 1997
(via nofound)

from here to ear, Céleste Boursier-Mougenot, 2009

Streamside day, Pierre Huyghe, 2003

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures), Apitchapong Weerasethakul, 2010

El Espiritu de la Colmena, Victor Erice, 1973


Céline et Julie vont en bateau, Jacques Rivette, 1974

Au hasard Balthazar, Robert Bresson, 1966

Zerkalo, Andreï Tarkovski, 1974

 Badlands, Terrence Malick, 1973

29.9.10

EQUATION DU JOUR :

The Cat, the Reverend and the Slave de Alain Della Negra et Kaori Kinoshita



Trois contes présentent Second Life comme le rêve éveillé d'utopies contemporaines

×

Homo Sapiens, une nouvelle histoire de l'homme



étrange ce principe de "logique interne" (à bas les films de Malaterre!) : notre prochaine évolution est en sommeil

÷

Oncle Boonme d'Apitchapong Weerasethakul



Le buffle sacré, le poisson chat vibromasseur, le miel au goût de tamarin : un rêve ; apparitions de fantômes, murmures dans la jungle, initiation à la mort.
Le cinéma du demi-sommeil.

plus que quelques jours avant le réveil de ce blog dormant...